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Bouffes Du Nord Natalie Dessay

Passion

De Stephen Sondheim

Mise en scène de Fanny Ardant

Avec Natalie Dessay, Ryan Silverman, Erica Spyres, Shea Owens, Karl Haynes, Roger Honeywell, Michael Kelly, Nicholas Garrett, Franck Lopez, Damian Thantrey, Matthew Gamble, Tara Venditti et Kimy McLaren

Les 18, 19, 22, 23 et 24 mars à 20h, le 20 mars à 16h

Tarifs : de 10 à 89 €

Réservation en ligne 
ou au 01 40 28 28 40

Durée : 1h45

Théâtre du Châtelet
Place du Châtelet
75001 Paris

M° Châtelet
(lignes 1, 4, 7, 11 et 14)

chatelet-theatre.com

La comédienne Fanny Ardant dirige Natalie Dessay dans un musical de Stephen Sondheim qui met en scène trois personnages embrasés par la passion amoureuse. Musique symphonique somptueuse et mélodrame saisissant, cette nouvelle production de Jean-Luc Choplin au Châtelet est en tous points réussie.

Quand le cinéma inspire l’opéra

Ce n’est pas un hasard si la mise en scène de cet opéra de Sondheim a été confiée à Fanny Ardant. Le compositeur américain de 85 ans, star aux États-Unis et depuis quelques années au Théâtre du Châtelet avec des chefs-d’œuvre comme A Little night music ou Sweeney Todd, a composé une “tragédie musicale” inspirée du film d’Ettore Scola Passion d’amour dans lequel un bel officier italien, incarné à l’époque par Bernard Giraudeau, tombait progressivement amoureux fou d’une femme malade et laide alors qu’il était auparavant épris d’une très belle femme mariée. La particularité de ce musical, qui n’a peut-être pas eu le succès mérité en Amérique, tient dans la gravité et l’intensité de son sujet où la passion et le drame tiennent davantage de place que l’humour et la légèreté. On a pu comparer l’opéra à Norma de Bellini par la similitude de ce triangle amoureux où un homme est écartelé entre deux femmes qui sont à l’opposé. 

Un romantisme ténébreux et déchirant

Stephen Sondheim est bien au faîte de son talent qu’il déploie ici en une longue chanson rhapsodique aux leitmotivs déchirants, qui fait se croiser les lignes de chant et les passages parlés au cœur d’une intimité psychologique saisissante. La beauté de la partition et sa complexité mélodique sont ici formidablement prises en charge par les 40 musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigés par Andy Einhorn. Dans des décors sombres à la géométrie mouvante, panneaux noirs et blancs du peintre Guillaume Durrieu qu’on aurait préféré moins austères, Natalie Dessay est Fosca, cette femme solitaire, torturée par un mal mystérieux, qui s’agrippe comme une folle au jeune et beau capitaine Giorgio qu’elle enveloppe d’une passion dévorante. Dans un anglais parfait, la soprano déploie ici la puissante dramatique qui lui permet de donner chair à tous les personnages qu’elle incarne avec une justesse vocale et une précision formidables. À l’aise dans les notes graves de la partition, l’artiste se fond dans l’univers tourmenté et déchirant de son personnage avec la souplesse et la sensibilité d’un pauvre animal blessé par la vie.

Une distribution parfaite

Dans le rôle difficile du capitaine envoûté, Ryan Silverman réunit avec finesse toutes les qualités nécessaires au personnage. Il chante magnifiquement, déploie sa haute stature avec l’élégance et le charme d’un acteur de cinéma en séduisant tous les personnages. Le couple qu’il forme avec Erica Spyres, éblouissante Clara, blonde et sensuelle, imprime à l’opéra la vitalité artistique des meilleures comédies musicales américaines. À la mise en scène, Fanny Ardant s’est rapprochée au plus près du livret en jouant intelligemment sur l’alternance des scènes et l’échange de lettres, faisant apparaître les silhouettes comme dans un rêve, apparitions brumeuses, fantasmatiques. Les lumières ciselées d’Urs Schönebaum sculptent l’espace dans la profondeur d’une perspective mentale qui brouille les pistes du spectateur. On ne sait plus qui parle, qui écrit, comme pour nous faire saisir la force intrinsèque d’une passion amoureuse. La mort est là, qui frémit et qui accueillera la destinée de Fosca, morte après avoir aimé. Quelle passion vertigineuse !

Hélène Kuttner

[Photos © Marie-Noëlle Robert – Théâtre du Châtelet ]

Poursuivant une carrière débutée il y a un peu plus de vingt ans, Natalie Dessay ne cesse d’explorer son paysage vocal, confirmant un mouvement qui, depuis une dizaine d’années, l’a conduite à retrouver la mélodie française (notamment accompagnée du pianiste Philippe Cassard), et à aborder des rôles plus inattendus pour une soprano léger : Cléopâtre dans Giulio Cesare de Haendel au Metropolitan Opera de New York dans la mise en scène « bollywoodienne » de David McVickar (2012) et à l’Opéra de Paris dans une mise en scène de Laurent Pelly (2011) ; mais aussi Violetta dans Traviata à l’Opéra de Santa Fe (2009) puis au Festival d’Aix-en-Provence dans une mise en scène de Jean-François Sivadier (2011), Musette dans La Bohème (Opéra de Paris, 2009) ou encore Mélisande qu’elle chante pour la première fois au Theater an der Wien de Vienne (2009). Enfin, elle révèle au public ce qu’elle appelle « sa vraie voix » en abordant, avec autant de naturel que de maîtrise, les chansons de Michel Legrand (2011-14), ouvrant ainsi la porte à d’autres répertoires choisis.

S’ils créent l’événement, chacun de ces choix confirment avant tout la passion de Natalie Dessay pour la scène, le jeu et des rôles qui lui permettent d’incarner de grandes héroïnes avec une émotion absolue. Le public n’est pas prêt d’oublier ses interprétations de Manon de Massenet (comme en 2008 à l’Opéra de Chicago aux côtés de Jonas Kaufmann et en 2007 à Barcelone avec Rolando Villazon dans une mise en scène de David McVicar), Ophélie dans Hamlet d’Ambroise Thomas (en 1996 à Genève puis en 2003 à Covent Garden) ou encore Lucia de Lammermoor de Donizetti (en 2001 puis en 2007 au Metropolitan Opera de New York et à Paris) sans oublier ses Zerbinette d’anthologie dans Ariane à Naxos (Metropolitan Opera 1998 , Salzbourg 2001, Paris 2003).

D’autres rôles sont aussi indéfectiblement liés à cette chanteuse atypique. À commencer par les personnages de ses débuts éblouissants : celui d’Olympia dans Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach qu’elle interprète une première fois en 1992 sur la scène de l’Opéra Bastille dans une mise en scène de Roman Polanski, puis en 1993 pour l’ouverture de l’Opéra de Lyon dans une mise en scène de Louis Erlo. Jusqu'en 2001, elle interprètera ce "véritable numéro de music-hall" dans huit productions différentes, dans des mises en scène signées Alfredo Arias ou Robert Carsen… Son nom demeure aussi lié à celui de la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée, rôle qu’elle chante pour la première fois en 1994 sous la direction de William Christie dans une mise en scène de Robert Carsen.

Si elle reçoit à cinq reprises une Victoire de la Musique, ses talents de comédienne sont honorés à Londres en 2008 lorsqu’on lui remet le prestigieux Laurence Olivier Award pour son interprétation remarquable du rôle de La Fille du Régiment de Donizetti dans une mise en scène hilarante de Laurent Pelly à Covent Garden. Ce prix vient rappeler d’autres succès : Alcina de Haendel à l'Opéra Garnier où elle a partagé la scène avec Renée Fleming et Susan Graham sous la direction de William Christie (1999), Orphée aux Enfers sous la direction de Marc Minkowski (1997), Le Rossignol d’Igor Stravinski sous la direction de Pierre Boulez (1997), Lakmé de Léo Delibes (1995).

Autant d’interprétations jalonnant le parcours de Natalie (sans "h", hommage discret à Natalie Wood), née en 1965 à Lyon, qui, après s'être rêvée danseuse, entame parallèlement des études d'allemand, de théâtre et de chant. Elle quitte à 20 ans le conservatoire avec un premier prix. L'Opéra de Paris l'invite à intégrer son école avant que le Staatsoper de Vienne l’accueille (1993). Elle y venait pour un rôle, on lui propose d'intégrer, pendant un an, une troupe prestigieuse. La suite est connue…